En 2023, 130 000 salariés ont été déclarés inaptes, et dans la grande majorité des cas cela a conduit à un licenciement. Plus de 40 % de ces inaptitudes ont même été prononcées avec dispense de reclassement : le retour à l'emploi n'a pas été tenté (Igas, décembre 2025). Ce que ces chiffres disent, c'est que tout se joue avant l'avis d'inaptitude, pendant l'arrêt. C'est ce qu'on appelle la prévention de la désinsertion professionnelle (PDP). Voici le parcours, étape par étape, et surtout ce que vous pouvez déclencher vous-même sans attendre.

Dès le premier mois d'arrêt : ouvrir le dossier

À partir de 30 jours d'arrêt, deux leviers s'ouvrent :

  • Le rendez-vous de liaison (art. L. 1226-1-3 du Code du travail) : un échange non médical avec votre employeur, auquel le service de prévention et de santé au travail est associé. Vous pouvez le demander vous-même ; l'employeur peut le proposer, mais vous avez le droit de refuser sans aucune conséquence. Objectif : garder le lien et être informé des dispositifs (pré-reprise, aménagements, essai encadré). Modèle de courrier : demande de rendez-vous de liaison.
  • Le signalement à la cellule PDP de votre service de prévention : cette cellule pluridisciplinaire (art. L. 4622-8-1) est chargée de repérer le plus tôt possible les situations à risque. Le médecin du travail, le médecin-conseil ou le service social peuvent la saisir — et vous pouvez vous signaler vous-même auprès de votre service de prévention. Fin 2023, 88 % des services interentreprises en avaient une.

En parallèle, le service social de l'Assurance maladie (Carsat, Cramif ou CGSS) peut vous contacter en cas d'arrêt long — et vous pouvez le saisir vous-même par le 3646 ou votre compte ameli, sans attendre.

Pendant l'arrêt : préparer la suite sans perdre vos indemnités

Tout ce qui suit se fait pendant l'arrêt, avec maintien des indemnités journalières.

  • La visite de pré-reprise (art. R. 4624-29 et R. 4624-30) : dès 30 jours d'arrêt, vous pouvez la demander vous-même au service de prévention — votre médecin traitant, le médecin-conseil ou le médecin du travail le peuvent aussi ; jamais l'employeur. Le médecin du travail y prépare la reprise : aménagement du poste, reclassement, formations. Pour les arrêts prescrits depuis le 15 juin 2026 (décret n° 2026-503 du 12 juin 2026), le service informe l'employeur de la tenue de cette visite, sauf si vous vous y opposez.
  • L'essai encadré (art. L. 323-3-1 du Code de la sécurité sociale) : tester un poste — le vôtre aménagé, un autre poste, dans votre entreprise ou ailleurs — pendant 14 jours ouvrables maximum, renouvelables une fois, tout en restant en arrêt indemnisé. La demande se construit avec le médecin du travail ou la cellule PDP, et c'est la CPAM qui donne l'accord.
  • La convention de rééducation professionnelle en entreprise (CRPE) (art. L. 5213-3-1) : réapprendre son métier ou en apprendre un nouveau, jusqu'à 18 mois, avec une rémunération combinant indemnités journalières et complément de l'employeur.
  • Se former pendant l'arrêt : bilan de compétences, VAE, formation professionnelle avec maintien des indemnités journalières (art. L. 323-3-1 CSS), avec l'accord de votre médecin traitant et l'avis du médecin-conseil. Détails : se former pendant un arrêt maladie.

Au moment du retour : la reprise organisée

  • La visite de reprise est obligatoire après une maternité, une maladie professionnelle, un arrêt d'au moins 30 jours pour accident du travail, ou d'au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel ; elle a lieu le jour de la reprise ou dans les 8 jours. Nouveauté du décret n° 2026-503 : si une pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise et que le médecin du travail a conclu qu'aucun aménagement n'était nécessaire, la visite de reprise devient facultative — mais vous pouvez toujours la demander.
  • L'aménagement de poste : le médecin du travail peut préconiser des mesures individuelles (horaires, télétravail, adaptation du poste). Si vous avez une reconnaissance de handicap, l'employeur est tenu à des aménagements raisonnables ; son refus doit être motivé.
  • Le temps partiel thérapeutique : reprendre progressivement, avec maintien partiel des indemnités journalières. Voir mi-temps thérapeutique et, après un accident du travail, le TPT après AT/MP — qui n'a pas de limite de durée jusqu'à la consolidation.

Pensez aussi à la page reprendre après un long arrêt et, si vous êtes concerné, reprendre après un cancer.

Si votre poste ne peut pas être conservé

  • La RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) : demandez-la tôt, elle ouvre l'appui de Cap emploi et les aides de l'Agefiph, mobilisables dès que la demande est déposée. Depuis le 1er janvier 2024, les titulaires d'une pension d'invalidité ou d'une rente AT/MP (incapacité d'au moins 10 %) ont les mêmes droits sans démarche MDPH.
  • Le reclassement : en cas d'inaptitude, l'employeur doit chercher un autre poste adapté, en s'appuyant sur les préconisations du médecin du travail.
  • La reconversion : projet de transition professionnelle sans condition d'ancienneté après 6 mois d'arrêt ou une maladie professionnelle (art. L. 6323-17-2), CPF, formation pendant l'arrêt.

Qui appelle qui : le circuit en pratique

  1. Vous pouvez, sans autorisation de personne : demander un rendez-vous de liaison, une visite de pré-reprise, une visite à la demande (art. R. 4624-34, sans avoir à donner le motif à l'employeur), saisir la cellule PDP, le service social (3646) et Cap emploi.
  2. Votre médecin traitant peut demander la pré-reprise et valider formation ou essai encadré pendant l'arrêt.
  3. Le médecin du travail coordonne : préconisations, cellule PDP, essai encadré, CRPE, avis sur le poste.
  4. La CPAM (médecin-conseil, service social) accorde essai encadré, CRPE et formation pendant l'arrêt, et signale les situations à risque.

L'Igas estime que 5 à 10 % des salariés sont menacés à court ou moyen terme par des difficultés de maintien en emploi, et que les saisines tardives — au stade du licenciement pour inaptitude — n'aboutissent à un maintien que dans 3 à 4 % des cas. La précocité est le facteur décisif : n'attendez pas la fin de l'arrêt.

Ce que dit la loi. L'article L. 1226-1-3 du Code du travail (loi n° 2021-1018 du 2 août 2021) crée le rendez-vous de liaison pour les arrêts de plus de 30 jours (durée fixée par l'art. D. 1226-8-1). L'article L. 4622-8-1 impose à chaque service de prévention interentreprises une cellule de prévention de la désinsertion professionnelle. L'article L. 323-3-1 du Code de la sécurité sociale permet essai encadré et actions de formation pendant l'arrêt, avec maintien des indemnités journalières. Les articles R. 4624-29 à R. 4624-31 organisent les visites de pré-reprise et de reprise, modifiées par le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 pour les arrêts prescrits à compter du 15 juin 2026.

Puis-je déclencher ce parcours moi-même, sans passer par mon employeur ?

Oui. Le rendez-vous de liaison, la visite de pré-reprise, la visite à la demande, la saisine de la cellule PDP, du service social de l'Assurance maladie et de Cap emploi sont tous à votre initiative possible. Votre employeur n'a pas à autoriser ces démarches, et pour la pré-reprise comme pour la visite à la demande, le motif médical ne lui est pas communiqué.

À partir de quand faut-il s'inquiéter pour son emploi ?

Il n'y a pas de seuil couperet, mais les dispositifs s'ouvrent à 30 jours d'arrêt et les acteurs de la PDP considèrent que plus le signalement est précoce, plus le maintien en emploi a de chances d'aboutir. Si votre médecin évoque des difficultés à reprendre votre poste à l'identique, c'est le moment d'agir.

Mon employeur peut-il me licencier pendant l'arrêt ?

Pas en raison de votre état de santé. Voir licenciement pendant un arrêt maladie pour les règles précises, et inaptitude pour la procédure qui peut suivre la visite de reprise.

Ces démarches font-elles perdre mes indemnités journalières ?

Non. Le rendez-vous de liaison, la pré-reprise, l'essai encadré, la CRPE et les formations autorisées pendant l'arrêt maintiennent les indemnités journalières (art. L. 323-3-1 CSS pour l'essai encadré et les formations).

Pour aller plus loin

Vérifiez votre cas en deux minutes

Nos simulateurs appliquent les règles de cette page à votre situation.

Voir les outils