D'abord : ouvrir le droit (RQTH ou équivalent)

L'Agefiph finance des aides pour les bénéficiaires de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés. Pour un salarié, cela signifie en pratique :

  • avoir la RQTH — ou une demande de RQTH en cours d'instruction, ce qui suffit pour engager les démarches ;
  • ou bénéficier d'un droit équivalent : depuis le 1er janvier 2024, les titulaires d'une pension d'invalidité ou d'une rente AT/MP avec une incapacité d'au moins 10 % ont automatiquement les mêmes droits que la RQTH, sans dossier MDPH (loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023).

Si vous n'avez rien de tout cela mais que votre santé pèse sur votre travail, la demande de RQTH est donc la première étape. Le médecin du travail ou la cellule PDP de votre service de santé au travail peuvent vous aider à la monter. Beaucoup de salariés hésitent par crainte de « l'étiquette » : la RQTH est confidentielle — l'employeur n'en est informé que si vous le décidez — mais pour mobiliser des aides sur votre poste, il faudra la lui communiquer, puisque c'est lui qui dépose la plupart des dossiers.

Les aides de l'Agefiph concernent le secteur privé (pour la fonction publique, l'équivalent est le FIPHFP). Elles sont cumulables avec les aides de droit commun et viennent en complément de ce que l'employeur doit de toute façon faire à ses frais.

Les aides mobilisables, concrètement

Pour adapter votre poste

  • Aide à l'adaptation des situations de travail : elle finance ce qui compense votre handicap sur le poste — matériel, siège, outillage adapté, logiciels, organisation du travail, tutorat. Son montant correspond au coût réel de l'adaptation et n'est pas plafonné. C'est l'employeur qui la demande, sur la base des préconisations du médecin du travail.
  • Aides techniques : matériel compensant directement le handicap (et qui vous suit, contrairement à l'équipement du poste).
  • Prothèses auditives : participation au reste à charge.
  • Aide humaine : intervention d'une tierce personne pour compenser le handicap dans les gestes professionnels.
  • Aide aux déplacements : quand le handicap rend le trajet ou les déplacements professionnels impossibles ou coûteux (aménagement de véhicule, transport adapté…).

Pour vous former ou rebondir

  • Formation : parcours Inclu'Pro et cofinancements de formations, y compris dans une logique de reconversion après un problème de santé.
  • Parcours vers l'emploi et aide à la création d'entreprise, si le maintien dans le salariat n'est plus la voie.

Côté montants : prudence

Les montants affichés sur agefiph.fr (vérifiés en septembre 2026) : à titre d'ordre de grandeur, 1 700 € au maximum pour les prothèses auditives, 12 000 € par période de 12 mois pour l'aide aux déplacements, 4 200 € pour l'aide humaine, 5 250 € pour l'aide technique, 530 € pour le parcours vers l'emploi, 3 000 € pour la création d'entreprise. Ces montants sont régulièrement revalorisés : vérifiez les chiffres en vigueur sur agefiph.fr avant de construire un budget. L'aide à l'adaptation des situations de travail, elle, reste calée sur le coût réel.

Qui monte le dossier (vous ne serez pas seul)

En pratique, un salarié ne remplit presque jamais un dossier Agefiph seul dans son coin :

  1. Le point de départ : le médecin du travail constate le besoin (lors d'une visite de pré-reprise, d'une visite à la demande ou d'une visite périodique) et formule des préconisations d'aménagement.
  2. Le montage : Cap emploi (pour le maintien en emploi) ou la cellule PDP du service de santé au travail construisent le dossier, chiffrent l'adaptation, réunissent les pièces. C'est gratuit.
  3. Le dépôt : selon l'aide, c'est l'employeur (adaptation du poste) ou vous (aides à la personne : prothèses auditives, déplacements, certaines aides techniques) qui déposez la demande auprès de l'Agefiph.
  4. La décision : l'Agefiph instruit et verse ; les aides ne sont pas des droits automatiques mais des financements attribués au cas par cas, d'où l'intérêt d'un dossier bien argumenté par des professionnels.

Un point d'argumentation utile face à un employeur réticent : les aides de l'Agefiph réduisent le coût de l'aménagement, ce qui affaiblit d'autant l'argument de la « charge disproportionnée » qui permettrait de refuser un aménagement raisonnable.

Ce que dit la loi. L'article L. 5213-6 du Code du travail oblige l'employeur à prendre, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre au travailleur handicapé de conserver un emploi correspondant à sa qualification et de l'exercer, sauf charge disproportionnée — et précise que les aides (dont celles de l'Agefiph) peuvent réduire cette charge. Les bénéficiaires sont listés à l'article L. 5212-13 ; depuis le 1er janvier 2024, la loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 y assimile automatiquement les titulaires d'une pension d'invalidité ou d'une rente AT/MP (incapacité ≥ 10 %).

Faut-il déjà avoir la RQTH pour demander une aide ?

Une demande de RQTH en cours d'instruction suffit pour engager les démarches. Et si vous touchez une pension d'invalidité ou une rente AT/MP d'au moins 10 %, vous avez les mêmes droits que la RQTH sans aucune démarche MDPH, depuis le 1er janvier 2024.

Mon employeur saura-t-il que j'ai la RQTH ?

La RQTH est confidentielle : la MDPH ne prévient personne. Mais pour mobiliser une aide sur votre poste de travail, l'employeur doit en être informé, puisque c'est lui qui dépose le dossier d'adaptation. Les aides à la personne (prothèses auditives, déplacements) peuvent en revanche être demandées par vous, sans passer par lui. Ce que l'employeur ne connaît jamais, c'est votre dossier médical : il ne voit que les préconisations du médecin du travail.

Les aides Agefiph remplacent-elles les obligations de l'employeur ?

Non. Adapter le poste d'un salarié dont l'état de santé l'exige est une obligation de l'employeur (articles L. 5213-6 et L. 4624-6 du Code du travail). L'Agefiph aide à financer ; elle ne dispense pas l'employeur d'agir, y compris quand l'aide est refusée ou insuffisante.

Je suis en arrêt de travail : est-ce trop tôt ?

Non, c'est au contraire le bon moment. La visite de pré-reprise pendant l'arrêt permet au médecin du travail d'anticiper les aménagements, et Cap emploi peut être saisi pendant l'arrêt pour préparer le dossier. Plus c'est anticipé, plus le retour a de chances de tenir.

Et si je suis dans la fonction publique ?

L'équivalent de l'Agefiph est le FIPHFP, avec une logique d'aides comparable. Le circuit passe par votre employeur public et le référent handicap de votre administration.

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