Les quatre cas où la visite est obligatoire
L'employeur doit faire organiser une visite de reprise par le médecin du travail après :
- un congé de maternité ;
- une absence pour maladie professionnelle, quelle que soit sa durée ;
- une absence d'au moins 30 jours pour accident du travail ;
- une absence d'au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel.
En dehors de ces cas, aucune visite de reprise n'est due. Vous pouvez en revanche toujours demander une visite à votre initiative, à tout moment, sans que l'employeur puisse s'y opposer.
Ce que dit la loi. Article R.4624-31 : dès que l'employeur a connaissance de la date de la fin de l'arrêt de travail, il saisit le service de prévention et de santé au travail qui organise l'examen de reprise le jour de la reprise effective du travail par le travailleur, et au plus tard dans un délai de huit jours qui suivent cette reprise.
Qui l'organise, et quand
C'est l'employeur qui saisit le service de santé au travail dès qu'il connaît la date de fin d'arrêt. La visite a lieu le jour de la reprise effective ou dans les huit jours suivants. L'employeur ne peut pas subordonner l'organisation de la visite à votre retour préalable sur le poste.
Tant que la visite de reprise n'a pas eu lieu, votre contrat reste suspendu. C'est une conséquence importante : l'employeur ne peut pas vous licencier pour un motif lié à votre absence, et il ne peut pas non plus vous reprocher de ne pas travailler. À l'inverse, si vous reprenez le travail sans que la visite ait été organisée et qu'un accident survient, la responsabilité de l'employeur est engagée.
Si l'employeur ne l'organise pas, vous pouvez la demander vous-même au service de santé au travail, en prévenant l'employeur. Votre demande vaut alors visite de reprise, à condition que l'employeur en ait été informé.
Ce qui a changé le 15 juin 2026
Le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 a modifié deux choses, pour les arrêts de travail prescrits à compter du 15 juin 2026.
La visite de reprise n'est plus requise lorsque deux conditions cumulatives sont réunies : une visite de pré-reprise a eu lieu dans les trente jours précédant la reprise effective, et le médecin du travail y a conclu qu'aucune mesure d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste, ni aucun aménagement du temps de travail, n'était nécessaire (nouvel article R.4624-31, dernier alinéa).
L'employeur est désormais informé qu'une visite de pré-reprise a été organisée, même quand le médecin ne formule aucune recommandation, sauf si vous vous y opposez (article R.4624-30 modifié).
Ce que ça change pour vous : si votre arrêt a commencé après le 15 juin 2026, une visite de pré-reprise sans préconisation, faite dans le mois qui précède votre retour, peut vous éviter une seconde visite. Mais rien n'empêche l'employeur ou le médecin de maintenir une visite de reprise s'ils l'estiment utile. Et pour les arrêts antérieurs au 15 juin 2026, l'ancienne règle s'applique : la visite de reprise reste due.
Si vous ne voulez pas que l'employeur sache que vous avez vu le médecin du travail pendant l'arrêt, dites-le expressément au médecin lors de la pré-reprise. Depuis le 15 juin 2026, l'information de l'employeur est la règle par défaut ; votre opposition la bloque.
La visite de pré-reprise, à ne pas confondre
La visite de pré-reprise a lieu pendant l'arrêt, avant la reprise. Elle est facultative et vous pouvez la demander dès que votre arrêt dépasse 30 jours. Votre médecin traitant ou le médecin-conseil de la CPAM peuvent aussi la déclencher. Son but est d'anticiper : le médecin du travail peut recommander des aménagements du poste, des préconisations de reclassement ou une formation, pour que tout soit prêt à votre retour.
Elle n'est pas une visite de reprise : elle ne met pas fin à la suspension du contrat et ne permet pas de constater une inaptitude. La visite de reprise, elle, est le moment où le médecin peut déclarer une inaptitude. La jurisprudence admet toutefois qu'un examen organisé à l'initiative de l'employeur pendant l'arrêt peut conduire à un avis d'inaptitude (Cass. soc. 10 déc. 2025, n° 24-15.511).
Les conventions collectives plus strictes
Certaines conventions collectives prévoient une visite de reprise pour des arrêts plus courts que le Code du travail. Dans la propreté, la visite est due dès trois semaines d'absence pour maladie non professionnelle, et dès plus de 8 jours pour un accident du travail (IDCC 3043, art. 3.4 ; Cass. soc. 6 mai 2026, n° 24-13.599, qui juge que le seuil conventionnel s'impose malgré le passage du seuil réglementaire à 60 jours) ; dans les services à la personne, au-delà de trois semaines de maladie ou de 8 jours d'accident du travail (IDCC 3127) ; dans la coiffure, au-delà de 15 jours (IDCC 2596, art. 17). Ces seuils s'imposent à l'employeur. Vérifiez votre convention collective, dont l'intitulé figure sur votre bulletin de paie.
Ce que le médecin peut conclure
À l'issue de la visite de reprise, le médecin du travail peut :
- vous déclarer apte, sans réserve ;
- proposer des aménagements, adaptations ou transformations du poste, ou un aménagement du temps de travail (temps partiel thérapeutique, télétravail) ;
- vous déclarer inapte, s'il constate qu'aucun aménagement n'est possible et que votre état justifie un changement de poste.
L'employeur est tenu de prendre en compte les propositions du médecin. S'il refuse, il doit vous en donner les motifs par écrit, et les transmettre au médecin du travail (L.4624-6). Un refus non motivé, ou motivé par des considérations étrangères à la santé, engage sa responsabilité (Cass. soc. 13 nov. 2025, n° 24-14.322, sur un télétravail préconisé refusé).
Questions fréquentes
Mon arrêt a duré 45 jours pour maladie. La visite est-elle obligatoire ?
Non pour le Code du travail, sauf si une convention collective prévoit un seuil plus bas. Vous pouvez toutefois la demander vous-même.
L'employeur peut-il me faire attendre chez moi tant que la visite n'a pas eu lieu ?
Il doit organiser la visite dans les huit jours de la reprise. Si la visite tarde, vous devez être rémunéré à compter de la date de reprise prévue, dès lors que vous vous êtes tenu à disposition.
Puis-je refuser la visite de reprise ?
Le refus de s'y rendre peut être considéré comme une faute. Si vous craignez ses conclusions, il vaut mieux vous y présenter avec les éléments de votre dossier, et utiliser ensuite le recours dans les 15 jours si vous contestez l'avis.
La visite de reprise a-t-elle lieu sur mon temps de travail ?
Oui. Elle est rémunérée comme du temps de travail et les frais de transport sont à la charge de l'employeur.
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