Reprendre son poste après un long arrêt, c'est souvent un saut dans l'inconnu : est-ce que le dos tiendra, est-ce que les gestes reviendront, est-ce que ce nouveau poste conviendrait mieux ? L'essai encadré répond exactement à cette question : il permet de tester un poste pendant l'arrêt de travail, en restant indemnisé, sans rompre l'arrêt et sans engagement de part et d'autre.
Concrètement, comment ça se passe
Pendant quelques jours, vous allez travailler « pour de vrai » sur le poste testé, avec un tuteur dans l'entreprise, tout en restant officiellement en arrêt de travail. L'essai peut porter sur :
- votre propre poste, pour vérifier que la reprise est possible ;
- votre poste aménagé, pour tester des adaptations avant de les pérenniser ;
- un autre poste dans votre entreprise, dans une logique de reclassement ;
- un poste dans une autre entreprise, y compris une entreprise susceptible de vous embaucher — c'est un vrai outil de reconversion.
La durée est de 14 jours ouvrables maximum, fractionnables (vous pouvez par exemple tester à mi-temps), renouvelable une fois : 28 jours ouvrables au total.
Votre statut et votre argent pendant l'essai
- Vous restez en arrêt de travail : le contrat reste suspendu, l'essai ne vaut ni reprise ni embauche.
- La CPAM continue de verser vos indemnités journalières (maladie, accident du travail ou maladie professionnelle).
- L'entreprise d'accueil ne vous doit aucune rémunération.
- Un tuteur vous suit dans l'entreprise.
- En cas d'accident pendant l'essai dans une autre entreprise, c'est l'entreprise d'accueil qui le déclare (vous avez alors le statut de stagiaire de la formation professionnelle).
Qui peut en bénéficier
- Tout salarié — CDI, CDD, intérimaire, apprenti, et même stagiaire — en arrêt de travail indemnisé par la CPAM (maladie, AT ou MP), y compris en temps partiel thérapeutique ;
- présentant un risque de désinsertion professionnelle : c'est l'appréciation des médecins, pas un critère chiffré.
Qui l'accorde, et comment le demander
L'essai encadré ne se décrète pas seul : il se construit, puis s'autorise.
- Parlez-en au médecin du travail (par exemple lors d'une visite de pré-reprise), à la cellule PDP de votre service de prévention, au service social de l'Assurance maladie ou, si vous êtes hospitalisé en soins de réadaptation, à l'équipe Comète France. Ce sont eux qui montent le dossier avec vous.
- Une visite avec le médecin du travail est obligatoire au préalable : il valide la compatibilité du poste testé avec votre état de santé.
- La CPAM donne l'accord, après avis de son médecin-conseil, avec la validation de votre médecin traitant et du médecin du travail.
- Une convention est signée avec l'entreprise d'accueil (la vôtre ou une autre), qui désigne le tuteur.
Comptez le temps de l'instruction : anticipez la demande plusieurs semaines avant la fin prévisible de l'arrêt.
Et si ça ne va pas ?
C'est précisément l'intérêt du dispositif : l'essai n'engage à rien. Si le poste ne convient pas, vous restez en arrêt, vos indemnités continuent, et l'essai a apporté une information précieuse au médecin du travail — pour ajuster les aménagements, envisager un autre poste, une CRPE ou une reconversion. Un essai « négatif » n'est jamais un échec : il évite une reprise vouée à l'échec ou une embauche inadaptée. Vous pouvez aussi interrompre l'essai en cours de route si votre état l'exige.
Si l'essai est concluant, il débouche selon les cas sur la reprise (avec visite de reprise), un aménagement pérenne, un reclassement, ou une embauche par l'entreprise d'accueil.
Ce que dit la loi. L'essai encadré est prévu par l'article L. 323-3-1 du Code de la sécurité sociale et organisé par les articles D. 323-6 à D. 323-6-5 du même code (décret n° 2022-373 du 16 mars 2022) : le versement de l'indemnité journalière est maintenu pendant l'essai encadré, d'une durée maximale de 14 jours ouvrables renouvelable une fois, accordé par la caisse après avis du médecin-conseil, avec l'accord du médecin traitant et du médecin du travail.
L'essai encadré fait-il perdre les indemnités journalières ?
Non. Vous restez en arrêt de travail et la CPAM maintient intégralement vos indemnités journalières pendant toute la durée de l'essai. L'entreprise d'accueil, elle, ne vous verse rien.
Puis-je faire un essai encadré dans une autre entreprise que la mienne ?
Oui. L'essai peut se dérouler dans votre entreprise ou dans n'importe quelle autre — y compris une entreprise qui envisage de vous embaucher. C'est l'un des rares moyens de tester un nouveau métier sans démissionner ni rompre son arrêt.
Mon employeur peut-il s'opposer à un essai encadré dans une autre entreprise ?
L'essai se déroule pendant la suspension de votre contrat et relève de la CPAM et des médecins, pas d'une autorisation de votre employeur. En pratique, le dossier est monté avec le médecin du travail et la convention organise les choses proprement ; parlez-en d'abord à la cellule PDP qui connaît les usages.
Que se passe-t-il si je me blesse pendant l'essai ?
Dans une entreprise d'accueil autre que la vôtre, c'est elle qui déclare l'accident ; vous êtes couvert avec le statut de stagiaire de la formation professionnelle. Signalez immédiatement tout incident à votre tuteur et au médecin du travail.
Quelle différence avec la CRPE ?
L'essai encadré est court (14 à 28 jours ouvrables) et sert à tester ; la CRPE est longue (jusqu'à 18 mois) et sert à se former à un poste, avec un contrat tripartite et une rémunération. L'essai encadré précède souvent une CRPE.
Pour aller plus loin
- Le parcours complet pour garder son emploi
- CRPE · Reconversion après un problème de santé · Se former pendant l'arrêt
- Visite de pré-reprise · Cellule PDP · Service social de l'Assurance maladie
- Aménagement de poste · Reclassement
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