L'agression est un accident du travail, même sans blessure
Insultes graves, menaces, coups, crachats, agression avec arme : la violence venue d'un client, d'un patient, d'un usager ou d'un proche d'usager est un risque professionnel à part entière. Survenue au temps et au lieu du travail, elle bénéficie de la présomption d'imputabilité de l'accident du travail (article L.411-1 du Code de la sécurité sociale).
Point essentiel : il n'y a pas besoin de blessure physique. Un choc psychique — sidération, crise d'angoisse, état de stress aigu après une agression verbale grave ou une menace — est une lésion au sens du droit des accidents du travail. Faites-le constater rapidement par un médecin (certificat médical initial mentionnant le retentissement psychique) et déclarez, même si « ça va » : certaines répercussions apparaissent à retardement, et sans déclaration initiale, tout devient plus difficile.
La marche à suivre : informer l'employeur dans les 24 heures, qui doit déclarer à la CPAM sous 48 heures ouvrées ; s'il refuse ou tarde, vous pouvez déclarer vous-même (déclaration par le salarié). Le détail est sur déclarer un accident du travail. Les IJ AT/MP sont dues sans carence.
L'employeur doit prévenir — pas seulement compatir
Les violences externes entrent dans l'obligation de sécurité (article L.4121-1 du Code du travail) : l'employeur doit évaluer ce risque dans le DUERP et prendre des mesures — organisation de l'accueil, procédures d'alerte, effectifs suffisants aux heures sensibles, aménagement des locaux, formation à la gestion des situations difficiles, consignes claires (ne jamais poursuivre un agresseur, pouvoir se mettre à l'abri).
Après un événement, l'employeur doit organiser un soutien : ne pas laisser le salarié seul, faciliter les soins et les démarches, proposer un accompagnement (beaucoup d'entreprises et de services de prévention proposent un soutien psychologique post-événement), analyser l'incident pour éviter la répétition. Le médecin du travail peut recevoir le salarié rapidement et préconiser des aménagements au retour. Si des situations dangereuses persistent sans réaction, l'alerte écrite — et en cas de danger grave et imminent, le droit de retrait — s'appliquent pleinement.
En cas de détresse aiguë après un événement violent, le 3114 (24 h/24) et votre médecin traitant sont là.
La plainte pénale, en parallèle
La plainte vise l'agresseur : violences, menaces, outrage selon les cas. Elle est indépendante de la déclaration d'accident du travail — faire l'une n'empêche ni ne remplace l'autre. Déposez plainte (commissariat, gendarmerie, ou plainte écrite au procureur) avec le certificat médical, y compris pour le retentissement psychique ; le délai de prescription des délits est de 6 ans. L'employeur peut soutenir la démarche (accompagnement, protection fonctionnelle dans certains secteurs), et certaines conventions collectives prévoient des garanties. Une indemnisation par la CIVI (commission d'indemnisation des victimes d'infractions) est possible pour les atteintes les plus graves.
Secteurs exposés
Commerce, sécurité, soin, aide à domicile, transport, accueil du public : le risque n'est pas également réparti. Voir nos fiches métiers, notamment hôte et hôtesse de caisse, agent de sécurité, infirmière, aide-soignante, auxiliaire de vie, téléconseiller et chauffeur poids lourd.
Ce que dit la loi. Est considéré comme accident du travail, quelle qu'en soit la cause, l'accident survenu par le fait ou à l'occasion du travail (article L.411-1 du Code de la sécurité sociale) — y compris une agression, et y compris lorsque la lésion est psychique. L'employeur prend les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs, ce qui inclut la prévention des violences externes (article L.4121-1 du Code du travail).
Je n'ai pas de blessure visible : ai-je vraiment intérêt à déclarer ?
Oui. Le choc psychique est une lésion ; la déclaration ouvre la présomption d'imputabilité, les IJ sans carence et la prise en charge des soins. Sans déclaration, une rechute psychique des semaines plus tard sera très difficile à rattacher à l'événement.
Mon employeur refuse de déclarer « pour ne pas faire d'histoires » : que faire ?
Il commet une faute : la déclaration est une obligation. Vous pouvez déclarer vous-même à la CPAM dans les 2 ans, avec témoignages et certificat médical. Voir déclarer un accident du travail.
Puis-je refuser de reprendre le contact avec le public après une agression ?
Parlez-en au médecin du travail : il peut préconiser un aménagement temporaire (retrait du contact public, accompagnement). En cas de danger toujours actuel et grave, le droit de retrait peut se discuter — documentez et faites-vous conseiller.
L'agresseur est un client important : l'entreprise peut-elle me demander de retirer ma plainte ?
Non. La plainte est un droit personnel ; aucune pression ni sanction n'est admissible. Une telle pression ajouterait un manquement de l'employeur à ses obligations.
Pour aller plus loin
- Déclarer un accident du travail
- L'obligation de sécurité de l'employeur
- Le droit de retrait
- La faute inexcusable de l'employeur
- Nos fiches métiers
- Trouver un avocat
Votre situation mérite un avis précis
Un avocat en droit du travail peut vérifier vos indemnités, vos délais et vos recours. Premier échange sans engagement.
Être rappelé par un avocat Décrire mon cas en 60 secondes Calculer mes indemnités