Ce que couvre l'obligation de sécurité
L'employeur « prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » (article L.4121-1 du Code du travail) : prévention des risques, information, formation, et une organisation et des moyens adaptés. Les principes de prévention (article L.4121-2) l'obligent notamment à adapter le travail à l'homme, à planifier la prévention et à tenir compte des risques psychosociaux.
Concrètement, l'obligation couvre :
- l'organisation et la charge de travail : une surcharge durable connue et non traitée est un manquement (voir forfait-jours et charge de travail) ;
- le harcèlement et les violences internes : prévenir, réagir aux signalements, enquêter (harcèlement moral, harcèlement sexuel) ;
- les violences externes : protéger les salariés exposés au public (agressions par des clients ou usagers) ;
- le suivi des préconisations du médecin du travail : l'employeur doit prendre en considération l'avis et les propositions du médecin du travail (article L.4624-6). La Cour de cassation a jugé que refuser sans justification le télétravail préconisé par le médecin du travail constitue un manquement à l'obligation de sécurité (Cass. soc. 13 nov. 2025, n° 24-14.322 — voir notre analyse).
Depuis 2015, la jurisprudence en fait une obligation de moyens renforcée : l'employeur peut s'exonérer s'il démontre avoir pris toutes les mesures de prévention nécessaires (Cass. soc. 25 novembre 2015, n° 14-24.444). Autrement dit : il ne suffit pas qu'un dommage survienne pour qu'il soit responsable, mais c'est à lui de prouver qu'il a réellement agi.
La faire valoir : gradation des moyens
1. Mettre l'employeur devant son obligation, par écrit. Une alerte datée décrivant les faits et demandant des mesures. C'est la première pierre de tout dossier : elle établit que l'employeur savait.
2. Mobiliser les relais : médecin du travail (visite à la demande), CSE, inspection du travail. Les préconisations écrites du médecin du travail lient le débat : un employeur qui ne les suit pas doit faire connaître par écrit ses motifs (article L.4624-6).
3. Demander réparation. Le manquement à l'obligation de sécurité cause un préjudice indemnisable aux prud'hommes, même sans rupture du contrat. Si la maladie a été reconnue d'origine professionnelle, l'action en faute inexcusable permet une indemnisation complémentaire (Cass. soc. 20 nov. 2024, n° 23-12.474 : origine au moins partielle dans le travail et connaissance du danger par l'employeur).
4. En dernier recours : rompre aux torts de l'employeur. La prise d'acte (vous rompez le contrat en imputant la rupture à l'employeur) et la résiliation judiciaire (vous demandez au juge de prononcer la rupture) produisent, si le manquement est jugé suffisamment grave, les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Ce sont des armes à double tranchant — la prise d'acte vous prive de salaire immédiatement et le juge peut la requalifier en démission : ne les engagez jamais sans avocat.
Ce que dit la loi. L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs : actions de prévention, d'information et de formation, et mise en place d'une organisation et de moyens adaptés (article L.4121-1 du Code du travail). Il doit adapter le travail à l'homme et planifier la prévention en y intégrant l'organisation du travail et les relations sociales (article L.4121-2).
La santé mentale est-elle vraiment couverte ?
Oui, expressément : l'article L.4121-1 vise la santé « physique et mentale ». Surcharge, harcèlement, violences, isolement : les risques psychosociaux entrent dans l'obligation de sécurité au même titre que les risques physiques.
Que vaut une préconisation du médecin du travail refusée ?
L'employeur doit la prendre en considération et, s'il la refuse, motiver par écrit. Un refus injustifié est un manquement à l'obligation de sécurité — c'est ce qu'a jugé la Cour de cassation pour un télétravail préconisé (13 nov. 2025, n° 24-14.322).
Puis-je être indemnisé sans quitter l'entreprise ?
Oui. Le manquement à l'obligation de sécurité peut être indemnisé aux prud'hommes sans rupture du contrat. La prise d'acte et la résiliation judiciaire ne sont que l'ultime étape, pour les manquements graves et persistants.
Le DUERP a-t-il un rapport avec mes droits ?
Oui : le document unique d'évaluation des risques doit recenser les risques, y compris psychosociaux. Son absence ou son indigence est un élément de preuve du manquement de l'employeur.
Pour aller plus loin
- Le droit d'alerte
- Forfait-jours et charge de travail
- La faute inexcusable de l'employeur
- Télétravail préconisé : l'arrêt du 13 novembre 2025
- Trouver un avocat
Votre situation mérite un avis précis
Un avocat en droit du travail peut vérifier vos indemnités, vos délais et vos recours. Premier échange sans engagement.
Être rappelé par un avocat Décrire mon cas en 60 secondes Calculer mes indemnités