En arrêt maladie, vous ne touchez pas votre salaire : vous touchez un revenu de remplacement, reconstruit en trois étages. Le premier vient de la CPAM, le deuxième de votre employeur, le troisième — pas toujours — d'un contrat de prévoyance. Selon votre ancienneté et votre convention collective, la perte de revenu va de quasi nulle à très lourde. Voici comment chaque étage se calcule, et ce qui change mois après mois. Pour un chiffrage sur votre situation, utilisez le simulateur d'arrêt maladie.
Étage 1 : les indemnités journalières de la CPAM
La CPAM verse une indemnité journalière (IJ) égale à 50 % de votre salaire journalier de base. Ce salaire de base, c'est le total de vos salaires bruts des 3 mois précédant l'arrêt, divisé par 91,25.
Deux limites :
- le salaire pris en compte est plafonné à 1,4 SMIC (SMIC du dernier jour du mois précédant l'arrêt). Avec un SMIC à 1 867,02 €/mois depuis le 1er juin 2026, l'IJ maximale est de 42,97 € brut par jour pour les arrêts débutant à compter du 1er juillet 2026 ;
- un délai de carence de 3 jours s'applique : les IJ ne sont versées qu'à partir du 4e jour d'arrêt (voir la carence en détail).
L'IJ est versée pour chaque jour calendaire, week-ends compris, et subit des prélèvements sociaux (CSG-CRDS) avant d'arriver sur votre compte. Elle est limitée dans le temps : 360 IJ au maximum sur une période de 3 ans, sauf affection de longue durée, où l'indemnisation peut courir sur 3 ans de date à date (voir ALD et travail).
Exemple. Salaire brut de 2 200 €/mois : salaire journalier de base = 6 600 / 91,25 = 72,33 € ; IJ = 36,16 € brut par jour, soit environ 1 085 € brut pour un mois entier, hors carence.
Étage 2 : le complément de l'employeur
Dès 1 an d'ancienneté, la loi oblige l'employeur à compléter les IJ (c'est la « mensualisation », articles L.1226-1 et D.1226-1 du Code du travail) :
- après une carence de 7 jours (aucune carence en accident du travail ou maladie professionnelle) ;
- 90 % du salaire brut pendant 30 jours, puis 2/3 du brut pendant 30 jours ;
- ces durées augmentent de 10 jours par tranche de 5 ans d'ancienneté, dans la limite de 90 jours à 90 % et 90 jours à 2/3.
C'est un plancher légal. Beaucoup de conventions collectives font mieux : maintien à 100 %, carence supprimée, durées allongées, condition d'ancienneté réduite. Vérifiez votre fiche sur notre rubrique conventions collectives. Quand l'employeur pratique la subrogation, il perçoit vos IJ et vous verse le tout en une fois sur le bulletin de paie.
Étage 3 : la prévoyance
Quand le maintien employeur s'épuise — arrêt long, ou droits déjà consommés par des arrêts précédents —, un contrat de prévoyance d'entreprise peut prendre le relais et compléter les IJ, souvent jusqu'à 70 à 80 % du salaire. Ce n'est pas automatique : tout dépend du contrat souscrit dans votre entreprise ou imposé par votre convention collective. Le fonctionnement, la franchise et les démarches sont détaillés dans prévoyance et incapacité de travail.
Mois par mois : ce qui change
- Jours 1 à 3 : rien de la CPAM (carence), rien au titre du maintien légal. Seule une convention collective plus favorable peut couvrir ces jours.
- Jours 4 à 7 : IJ de la CPAM seules.
- Du 8e jour à la fin du 1er mois environ : IJ + complément employeur à 90 % du brut (avec 1 an d'ancienneté).
- 2e mois : le maintien passe à 2/3 du brut ; la baisse se voit sur la paie.
- Au-delà du maintien (durée selon votre ancienneté) : IJ seules, ou IJ + prévoyance si un contrat existe. C'est là que la perte devient lourde sans prévoyance.
- Arrêt de longue durée : approche de la limite des 360 IJ, passage possible en invalidité (voir le passage des IJ à l'invalidité) ou reprise aménagée en mi-temps thérapeutique.
Si les montants ne sont pas bons
- Côté CPAM : vérifiez les relevés d'IJ sur votre compte ameli. En cas de désaccord (salaire de base erroné, carence mal appliquée), adressez une réclamation, puis saisissez la commission de recours amiable de la caisse.
- Côté employeur : comparez votre bulletin au minimum légal et à votre convention collective. Un complément non versé se réclame par écrit, puis devant le conseil de prud'hommes si besoin. La page subrogation explique comment lire le bulletin.
Ce que dit la loi. L'indemnité journalière est égale à 50 % du gain journalier de base, calculé sur les salaires des 3 derniers mois retenus dans la limite de 1,4 SMIC (article R.323-4 du Code de la sécurité sociale) ; elle est due à partir du 4e jour d'arrêt (article R.323-1). L'article L.1226-1 du Code du travail impose à l'employeur, dès 1 an d'ancienneté, un complément de salaire dont les taux et durées sont fixés par les articles D.1226-1 et suivants.
Les indemnités journalières sont-elles imposables ?
Les IJ maladie sont soumises à la CSG (6,2 %) et à la CRDS (0,5 %) et, en principe, à l'impôt sur le revenu — sauf celles versées pour un arrêt en rapport avec une affection de longue durée exonérante, qui ne sont pas imposables. Elles sont pré-remplies sur votre déclaration. Le complément employeur suit le régime du salaire.
Combien de temps peut-on toucher des IJ ?
Au maximum 360 IJ sur 3 ans pour les arrêts hors affection de longue durée. En ALD, l'indemnisation peut durer 3 ans de date à date, décomptés depuis le premier arrêt lié à l'affection.
Le complément employeur est-il automatique ?
Non. Il suppose 1 an d'ancienneté, la justification de l'arrêt dans les 48 heures, la prise en charge par la Sécurité sociale et des soins en France ou dans un État de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen. Votre convention collective peut supprimer ou assouplir certaines conditions.
Et si j'ai moins d'un an d'ancienneté ?
La loi n'impose alors aucun complément : vous ne touchez que les IJ de la CPAM, sauf convention collective plus favorable. Vérifiez votre fiche dans les conventions collectives.
Pour aller plus loin
- Le délai de carence en arrêt maladie
- La subrogation : qui touche quoi
- Prévoyance et incapacité de travail
- Arrêt maladie et congés payés
- Arrêt maladie et santé au travail
- Simulateur d'arrêt maladie
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