Ce qui se passe concrètement

Les indemnités journalières (IJ) de l'Assurance maladie ne sont pas éternelles : 360 IJ sur 3 ans pour une maladie « ordinaire », et 3 ans de date à date pour une affection de longue durée (ALD) (articles R.323-1 et R.323-3 du Code de la sécurité sociale). À l'approche de ce terme, deux issues :

Qui déclenche le passage ?

Deux voies, cumulables :

  • le médecin-conseil de la CPAM : c'est lui qui constate la stabilisation. Il peut proposer la mise en invalidité avant même la fin des 3 ans, si les soins ne laissent plus espérer d'amélioration notable. La CPAM vous notifie alors la fin des IJ et l'examen de vos droits à pension ;
  • vous-même : vous pouvez déposer la demande de pension auprès de votre caisse, avec un certificat médical de votre médecin traitant. N'attendez pas que la CPAM s'en charge : si elle ne fait rien et que les IJ s'arrêtent, c'est votre revenu qui s'arrête.

Le trou de revenu à éviter

Le risque classique : les IJ cessent à la date des 3 ans, la demande de pension n'est déposée qu'à ce moment-là, et l'instruction prend des semaines — pendant lesquelles vous ne percevez ni IJ, ni pension, ni salaire. Pour l'éviter :

  1. repérez la date de fin de vos droits (elle figure sur vos relevés d'IJ ou sur votre compte ameli ; en cas de doute, demandez-la à la CPAM) ;
  2. parlez invalidité avec votre médecin traitant plusieurs mois avant cette date ;
  3. déposez la demande sans attendre la fin des IJ si la stabilisation est acquise : la pension prend le relais à la date fixée par la caisse, sans chevauchement mais sans trou si le dossier est prêt ;
  4. si vous êtes toujours salarié, préparez aussi la suite côté contrat de travail : visite de reprise, éventuelle inaptitude (/invalidite-et-licenciement/).

Et l'arrêt de travail en cours ?

Le passage en invalidité met fin au versement des IJ, pas nécessairement à l'arrêt de travail au sens du contrat : tant que la visite de reprise n'a pas eu lieu, le contrat reste suspendu. L'arrêt prescrit par votre médecin n'a plus d'effet indemnisable côté CPAM, mais votre situation vis-à-vis de l'employeur ne se règle qu'avec le médecin du travail (/visite-de-reprise/). Pensez à la /visite-de-pre-reprise/ pour préparer cette étape.

Et la prévoyance ?

Si votre entreprise a un régime de prévoyance (/prevoyance-incapacite/), le complément versé pendant l'arrêt (« incapacité ») bascule en général vers une rente d'invalidité complémentaire qui s'ajoute à la pension de la Sécurité sociale. Cette bascule n'est pas toujours automatique : signalez votre classement en invalidité à l'assureur (souvent via l'employeur) et demandez la notice du contrat. Les salariés qui oublient cette démarche perdent parfois des mois de rente.

Le délai

  • La CPAM doit vous informer de la date de fin de vos IJ.
  • Après dépôt d'une demande de pension, la caisse dispose de 2 mois pour statuer ; son silence à l'issue de ce délai vaut rejet, ce qui ouvre le recours.
  • La pension est due à compter de la date de stabilisation ou de la fin des droits aux IJ, selon les cas — d'où l'intérêt d'un dossier complet déposé tôt.

Le montant

La pension représente 30 % (catégorie 1) ou 50 % (catégories 2 et 3, plus majoration tierce personne en catégorie 3) du salaire annuel moyen de vos 10 meilleures années, dans la limite des plafonds (PASS 2026 : 48 060 €/an). C'est en général moins que vos IJ + complément employeur : anticipez ce changement de niveau de vie et vérifiez votre prévoyance. Estimation personnalisée : /outils/simulateur-pension-invalidite/.

Le recours

  • Refus de pension ou désaccord sur la catégorie : commission médicale de recours amiable (CMRA) dans les 2 mois, puis pôle social du tribunal judiciaire.
  • Arrêt des IJ jugé prématuré (le médecin-conseil vous estime stabilisé, votre médecin non) : contestation d'ordre médical, même circuit CMRA ; poursuivre les soins n'empêche pas de contester.
  • Trou de revenu causé par la caisse (information tardive, dossier égaré) : réclamation auprès du conciliateur de la CPAM, puis médiateur de l'Assurance maladie.

Ce que dit la loi. Les articles R.323-1 et R.323-3 du Code de la sécurité sociale limitent les indemnités journalières à 360 sur 3 ans (3 ans de date à date en ALD). L'article L.341-1 ouvre droit à pension d'invalidité en cas de réduction de la capacité de travail ou de gain d'au moins 2/3, l'invalidité étant appréciée après stabilisation de l'état (articles L.341-3 et R.341-8 et suivants pour la procédure d'attribution).

FAQ

La CPAM peut-elle me mettre en invalidité contre mon avis ?

Elle peut constater la stabilisation et mettre fin aux IJ, puis examiner vos droits à pension. Si vous contestez la stabilisation ou la catégorie retenue, vous disposez d'un recours devant la CMRA dans les 2 mois.

Mes IJ s'arrêtent dans un mois et je n'ai rien reçu : que faire ?

Déposez immédiatement votre demande de pension avec un certificat de votre médecin, contactez la CPAM (3646) pour connaître la position du médecin-conseil, et prévenez votre organisme de prévoyance. Plus le dossier part tôt, plus le trou de revenu est court.

Serai-je licencié en passant en invalidité ?

Non, pas automatiquement : le passage en invalidité ne touche pas au contrat de travail. La suite dépend de la visite de reprise et de l'avis du médecin du travail (/invalidite-et-licenciement/).

Puis-je reprendre un travail au lieu de passer en invalidité ?

Oui, si votre état le permet — y compris à temps partiel thérapeutique. Et la pension d'invalidité elle-même n'interdit pas de travailler (/invalidite-et-travail/).

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