Repérer sans diagnostiquer
Un manager voit ce que personne d'autre ne voit : les changements. Retards inhabituels, isolement, irritabilité nouvelle, erreurs répétées chez quelqu'un de fiable, courriels envoyés la nuit, absences courtes qui se multiplient. Repérer ces signaux fait partie du rôle managérial — l'employeur doit protéger la santé physique et mentale des salariés (article L.4121-1 du Code du travail), et le manager est son relais de terrain.
Repérer, pas diagnostiquer : « dépression », « burn-out », « addiction » sont des diagnostics médicaux qui n'appartiennent qu'aux médecins. Le manager parle travail : « j'ai remarqué que tu sembles en difficulté sur X depuis quelques semaines, comment ça se passe pour toi ? ». Une porte ouverte, factuelle, sans interprétation.
Orienter : les bons relais
- Le médecin du travail : l'interlocuteur central. Rappelez au salarié qu'il peut demander une visite à la demande à tout moment, sans que le motif soit communiqué à l'employeur. L'employeur peut aussi solliciter une visite s'il s'inquiète pour un salarié — en l'en informant.
- Les RH, pour ce qui relève de l'organisation : charge, conflit, aménagement temporaire.
- Le service social (de l'entreprise ou de la CARSAT) pour les difficultés qui débordent le travail.
- En cas de propos inquiétants sur un geste désespéré, la situation dépasse le cadre managérial : le 3114 (prévention du suicide, 24 h/24) existe pour le salarié comme pour l'entourage qui s'inquiète, et le médecin du travail doit être alerté sans attendre.
Orienter n'est pas se débarrasser : le manager garde la main sur ce qui relève de lui — ajuster le travail. Redistribuer temporairement une charge, clarifier les priorités, espacer les échéances : ces décisions-là n'attendent pas un avis médical.
Ce qu'un manager ne doit pas faire
- Interroger sur la santé : demander un diagnostic, un traitement, la raison médicale d'un arrêt. L'état de santé relève de la vie privée et du secret médical ; aucune décision ne peut être fondée sur lui (article L.1132-1).
- Banaliser un signalement : une alerte sur une surcharge, un conflit ou un harcèlement appelle une réponse tracée, pas un « ça va passer ». Un signalement de harcèlement transmis au manager engage l'employeur : il doit remonter et déclencher une réaction (voir harcèlement moral et harcèlement sexuel).
- Jouer au thérapeute : recueillir des confidences, c'est bien ; s'improviser soignant ou promettre la confidentialité absolue sur un danger, c'est se piéger.
- Stigmatiser : écarter quelqu'un des dossiers intéressants « pour le protéger » sans lui en parler, c'est une mise à l'écart. Les aménagements se construisent avec le salarié et le médecin du travail.
Le manager est aussi un salarié
Prise en étau entre les objectifs d'en haut et les difficultés d'en bas, la ligne managériale est elle-même très exposée. Un manager a les mêmes droits que tout salarié : visite à la demande, droit d'alerte sur sa propre charge, protection au titre de l'obligation de sécurité — y compris au forfait-jours. Alerter sur l'impossibilité de faire son travail de manager correctement (effectifs, objectifs, moyens) est légitime, et l'écrit fait trace.
Ce que dit la loi. L'employeur prend les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs (article L.4121-1 du Code du travail) ; le manager, dépositaire d'une délégation, en est un acteur. Aucun salarié ne peut être sanctionné ou écarté en raison de son état de santé (article L.1132-1), et le médecin du travail est le seul habilité à faire le lien entre santé et poste de travail, sous secret médical.
Puis-je demander à un salarié pourquoi il est en arrêt ?
Non. Le motif médical d'un arrêt est couvert par le secret. Vous pouvez en revanche organiser le travail pendant l'absence et, au retour, vous appuyer sur la visite de reprise et les préconisations du médecin du travail.
Un salarié me confie qu'il va mal : dois-je le dire aux RH ?
Parlez-en avec lui d'abord : proposez le médecin du travail et demandez-lui ce qu'il souhaite. Exception : en cas de danger pour lui-même ou pour autrui, vous devez alerter (médecin du travail, employeur) — le silence n'est pas une option.
Que faire si je pense qu'un salarié est en danger à son poste ?
L'employeur peut demander une visite au médecin du travail pour un salarié, en l'informant de cette démarche. En cas de danger grave et imminent, retirez le salarié de la situation : c'est l'obligation de sécurité qui joue.
Et si c'est moi, manager, qui n'en peux plus ?
Les mêmes droits s'appliquent : médecin du travail, alerte écrite sur votre charge, arrêt si votre médecin le prescrit. Voir dépression et travail et burn-out.
Pour aller plus loin
- Le hub santé mentale au travail
- La visite à la demande
- L'obligation de sécurité de l'employeur
- Espace employeurs : prévention et DUERP
- Conflit dans l'équipe : la médiation
Sécurisez le dossier avant qu'il ne devienne un contentieux
Le calculateur applique les règles d'indemnisation selon l'origine. Les modèles de courriers et le guide complet arrivent prochainement.
Calculer les indemnités Tous les guides employeurs