Travailler avec une dépression, ou s'arrêter
Une dépression est une maladie, pas une faiblesse. Certains salariés continuent de travailler pendant les soins ; d'autres ont besoin d'un arrêt, court ou long. S'arrêter n'est pas un échec : c'est une prescription médicale, décidée avec votre médecin traitant ou votre psychiatre, comme pour toute autre maladie. Un arrêt maladie ouvre droit aux indemnités journalières dans les conditions habituelles, et personne dans l'entreprise n'a à connaître le motif : l'employeur reçoit un volet de l'arrêt sans aucune mention médicale.
Cette page ne remplace pas un avis médical : elle décrit vos droits de salarié. En cas de détresse aiguë, le 3114 (prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) et votre médecin traitant sont là.
Le médecin du travail, un allié soumis au secret
Le médecin du travail est souvent le levier le plus concret. Vous pouvez le solliciter à tout moment par une visite à la demande (article R.4624-34), y compris pendant un arrêt : l'employeur n'a pas à connaître le motif de cette visite. Le médecin du travail est tenu au secret médical ; il ne transmet à l'employeur que des préconisations sur le poste, jamais un diagnostic.
Il peut proposer :
- un aménagement de poste : horaires, charge, télétravail, retrait de certaines tâches ;
- un temps partiel thérapeutique pour reprendre ou continuer à un rythme soutenable ;
- pendant un arrêt long, une visite de pré-reprise pour préparer le retour ;
- une orientation vers la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle si l'emploi est menacé.
En parler ou non à l'employeur : votre droit au silence
Vous n'avez aucune obligation de révéler votre état de santé à l'employeur, ni à l'embauche, ni en cours de contrat. Il n'a pas le droit de vous interroger sur votre santé, et une décision fondée sur votre état de santé serait discriminatoire (article L.1132-1). En parler peut parfois faciliter des aménagements informels ; ne rien dire est un droit. La voie protégée, c'est le médecin du travail : lui seul fait le lien, sous secret, entre votre santé et votre poste.
La RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) est possible pour une dépression durable : elle ouvre des droits à aménagements et à un accompagnement, et là encore l'employeur n'en connaît pas le motif médical.
Reconnaissance professionnelle : AT ou maladie professionnelle
Deux voies existent quand le travail est en cause :
- Accident du travail : un événement précis et daté (altercation, annonce brutale, agression) suivi d'un effondrement psychique peut être déclaré en accident du travail, même sans lésion physique.
- Maladie professionnelle : la dépression ne figure dans aucun tableau ; la reconnaissance passe par le CRRMP, qui exige un lien direct et essentiel avec le travail et une incapacité prévisible d'au moins 25 %. Voir aussi la page burn-out et maladie professionnelle, où la démarche est détaillée.
Reprendre en douceur
Après un arrêt long, la reprise se prépare : visite de pré-reprise pendant l'arrêt, visite de reprise obligatoire après 60 jours d'arrêt, souvent un temps partiel thérapeutique, parfois un changement de poste. La page reprendre après un long arrêt détaille le parcours.
Ce que dit la loi. Tout salarié peut demander à voir le médecin du travail, sans que le motif soit communiqué à l'employeur (article R.4624-34 du Code du travail). Le médecin du travail propose des mesures d'aménagement du poste ou du temps de travail que l'employeur doit prendre en considération (article L.4624-3). Aucun salarié ne peut être sanctionné ou discriminé en raison de son état de santé (article L.1132-1).
Mon employeur peut-il connaître le motif de mon arrêt ?
Non. Le volet destiné à l'employeur ne comporte aucune mention médicale. Seul le service médical de l'Assurance maladie et, si vous le consultez, le médecin du travail connaissent le motif.
Dois-je déclarer ma dépression à l'embauche ?
Non. Aucune question sur votre santé n'est permise à l'embauche, hors visite avec le service de santé au travail, qui est couvert par le secret.
Le médecin du travail peut-il me mettre en arrêt ?
Non, il ne prescrit pas d'arrêt : c'est le rôle de votre médecin traitant ou de votre psychiatre. Le médecin du travail agit sur le poste : aménagements, temps partiel thérapeutique, et en dernier recours inaptitude.
Une dépression peut-elle être reconnue comme maladie professionnelle ?
Oui, mais hors tableau : le dossier passe par le CRRMP, avec un taux d'incapacité prévisible d'au moins 25 % et un lien direct et essentiel avec le travail à démontrer.
Pour aller plus loin
- Burn-out : la reconnaissance en maladie professionnelle
- La visite à la demande
- Le temps partiel thérapeutique
- Reprendre après un long arrêt
- Les repères santé mentale
- Le hub santé mentale au travail
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