L'enjeu : le lien qui prépare le retour

Plus un arrêt dure, plus le retour est difficile — pour le salarié, qui perd le fil de l'entreprise, et pour vous, qui devez organiser la reprise sans nouvelles. Les arrêts longs qui se terminent mal (rechute, inaptitude, contentieux) sont souvent des arrêts pendant lesquels tout contact a été rompu, ou au contraire pendant lesquels le salarié a été sollicité comme s'il travaillait encore. Le droit trace une ligne claire entre le contact permis et la sollicitation fautive ; la connaître vous permet de préparer le retour sans risque.

La règle : le contrat est suspendu, pas la relation

Pendant l'arrêt, le contrat de travail est suspendu : le salarié est dispensé de toute prestation de travail et n'est plus sous votre pouvoir de direction pour l'exécution du travail. Il reste tenu d'une obligation de loyauté ; vous restez tenu de votre obligation de sécurité, qui vous interdit précisément de le faire travailler.

Ce qui est permis

  • Transmettre des informations générales sur la vie de l'entreprise : réorganisations, changements d'équipe, informations sociales collectives, vœux — ce que tout salarié absent recevrait. Le canal compte : un envoi neutre (courrier, mail d'information), pas une relance qui appelle une action.
  • Répondre aux sollicitations du salarié qui prend lui-même des nouvelles ou pose des questions administratives (attestations, prévoyance, subrogation).
  • Proposer un rendez-vous de liaison dès que l'arrêt dépasse 30 jours (article L.1226-1-3 du code du travail) : un échange — pas un entretien professionnel, pas une évaluation — organisé en associant le service de prévention et de santé au travail, pour maintenir le lien et informer le salarié des dispositifs de retour (pré-reprise, aménagements, actions de maintien en emploi). Il ne peut être imposé : le salarié est libre de le refuser, sans aucune conséquence, et peut aussi en prendre l'initiative.
  • Informer sur la visite de pré-reprise : rappeler au salarié qu'il peut, pendant son arrêt, demander une visite de pré-reprise auprès du médecin du travail pour préparer son retour — sans que vous ayez à en connaître le contenu.

Ce qui est fautif

  • Solliciter du travail, même « juste une question », « juste un dossier à finir », « juste une visio » : faire travailler un salarié en arrêt engage votre responsabilité (manquement à l'obligation de sécurité, dommages-intérêts, paiement du travail fourni) et peut caractériser du travail dissimulé. Coupez les accès professionnels si nécessaire, et cadrez les managers : c'est de leur côté que viennent la plupart des sollicitations.
  • Faire pression pour un retour anticipé : appels répétés sur la date de reprise, allusions à la surcharge de l'équipe, mise en cause de la réalité de l'arrêt. Outre le risque contentieux (harcèlement, exécution déloyale), c'est contre-productif : un retour forcé rechute.
  • Chercher à obtenir des informations médicales : le motif de l'arrêt, le diagnostic, le pronostic ne vous regardent pas ; seules les préconisations du médecin du travail vous parviendront le moment venu.
  • Prendre des décisions défavorables liées à l'arrêt : évincer le salarié d'une promotion, réattribuer définitivement son poste, l'écarter des augmentations générales — autant de terrains de discrimination en raison de l'état de santé (article L.1132-1).

Le décret 2026-503 : l'information sur la pré-reprise

Le décret 2026-503 a réorganisé l'articulation entre pré-reprise et reprise pour les arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026 : lorsque le salarié bénéficie d'une visite de pré-reprise, l'employeur en est informé, sauf opposition du salarié ; et lorsque cette pré-reprise a eu lieu moins de 30 jours avant la reprise sans donner lieu à préconisation, elle peut dispenser de la visite de reprise. Concrètement : vous pouvez désormais être dans la boucle de la préparation du retour plus tôt — mais uniquement si le salarié ne s'y oppose pas, et sans jamais accéder au contenu médical de la visite.

La méthode pas à pas : préparer le retour côté employeur

  1. Au début de l'arrêt : accusez réception, réglez l'administratif (subrogation, prévoyance), désignez un interlocuteur unique (RH de préférence) et dites au salarié qu'il peut le solliciter — puis laissez-le se soigner.
  2. À 30 jours : proposez par écrit un rendez-vous de liaison, en précisant explicitement qu'il est facultatif et sans conséquence en cas de refus, et qu'il peut se tenir à distance.
  3. Pendant l'arrêt : maintenez les envois d'informations générales, au même rythme que pour les autres absents. Aucune sollicitation de travail, jamais.
  4. À l'approche de la reprise : si vous êtes informé d'une pré-reprise (décret 2026-503), anticipez avec le médecin du travail les aménagements possibles (restrictions médicales) ; réfléchissez au poste, au temps partiel thérapeutique éventuel, à la montée en charge.
  5. Au retour : organisez la visite de reprise quand elle est due, puis un entretien de retour centré sur le travail.

Les pièges

  • Confondre rendez-vous de liaison et point d'étape professionnel : pas d'objectifs, pas d'évaluation, pas de discussion sur la date de reprise « attendue ». Le rendez-vous informe et maintient le lien, c'est tout.
  • Sanctionner ou tenir rigueur d'un refus de rendez-vous de liaison : le texte l'exclut expressément.
  • Laisser les managers gérer seuls le contact : sans cadrage, le contact devient sollicitation. Une consigne écrite simple (qui contacte, pour quoi, jamais de travail) évite l'essentiel des fautes.
  • Réattribuer le poste définitivement pendant l'arrêt : à la reprise, le salarié doit retrouver son emploi ou un emploi similaire avec une rémunération équivalente.
  • Tout découvrir le jour de la reprise : la préparation du retour se joue pendant l'arrêt — c'est précisément l'objet du rendez-vous de liaison et de la pré-reprise.

Ce que dit la loi. Pendant l'arrêt, le contrat est suspendu et aucune prestation de travail ne peut être exigée. Pour les arrêts de plus de 30 jours, l'employeur peut proposer un rendez-vous de liaison, organisé en association avec le service de prévention et de santé au travail ; le salarié peut le refuser sans conséquence (article L.1226-1-3 du code du travail). Le décret 2026-503 prévoit, pour les arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026, l'information de l'employeur en cas de visite de pré-reprise sauf opposition du salarié, et la dispense de visite de reprise lorsque la pré-reprise date de moins de 30 jours et n'a donné lieu à aucune préconisation. Toute mesure fondée sur l'état de santé est discriminatoire (article L.1132-1).

FAQ

Puis-je appeler un salarié en arrêt pour une urgence professionnelle ?

Une question ponctuelle de pure passation (où se trouve un dossier, un mot de passe de service) est tolérée si elle reste exceptionnelle et brève. Tout ce qui ressemble à une tâche — traiter, rédiger, participer, décider — est exclu. En pratique : organisez la passation au début de l'arrêt pour ne plus avoir à appeler.

Le salarié peut-il refuser le rendez-vous de liaison ?

Oui, librement et sans aucune conséquence : ni sanction, ni mention au dossier, ni incidence sur la suite. Vous pouvez proposer, jamais imposer — et le salarié peut aussi le demander de son côté.

Serai-je prévenu si mon salarié fait une visite de pré-reprise ?

Depuis le décret 2026-503, oui en principe pour les arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026 : l'employeur est informé de la visite, sauf si le salarié s'y oppose. Vous êtes informé de l'existence de la visite et des éventuelles préconisations utiles à la préparation du retour, jamais de son contenu médical.

Puis-je envoyer la newsletter interne et les invitations aux événements d'équipe ?

Oui : les informations générales et les invitations collectives font partie du lien permis — beaucoup de salariés en arrêt long disent souffrir d'en être exclus. Le salarié reste libre d'y donner suite ou non, et sa participation à un événement ne doit jamais servir à mettre en doute son arrêt.

Pour aller plus loin

Côté salarié. Ce que le salarié peut accepter ou refuser pendant son arrêt est détaillé dans notre page rendez-vous de liaison.

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