Vous avez été exposé pendant votre carrière à l'amiante, à des poussières de bois, à la silice, au benzène, à des rayonnements ionisants ou à d'autres agents cancérogènes. Certaines maladies liées à ces expositions apparaissent 10, 20, parfois 40 ans après. C'est précisément pour cela qu'existe le suivi post-professionnel : une surveillance médicale gratuite, après la fin de votre contrat ou à la retraite, pour détecter tôt une éventuelle maladie — et, le cas échéant, la faire reconnaître comme professionnelle. Peu de salariés le savent, encore moins le demandent. Voici comment l'obtenir.
Ce qui se passe concrètement
Le suivi post-professionnel concerne les personnes qui, pendant leur activité salariée, ont été exposées à des agents cancérogènes ou à certains agents toxiques (amiante, poussières de bois, silice, amines aromatiques, benzène, chrome, nickel, rayonnements ionisants…), et qui ont cessé d'être exposées : fin de contrat, chômage, inactivité ou retraite.
Le principe : sur votre demande, votre CPAM (ou votre organisme de sécurité sociale) prend en charge à 100 %, sur le Fonds national d'action sanitaire et sociale, des examens de surveillance périodiques adaptés à chaque exposition, réalisés par le médecin de votre choix.
La démarche :
- Rassemblez la preuve de l'exposition. La pièce maîtresse est l'attestation d'exposition remplie par l'employeur et le médecin du travail à votre départ — réclamez-la si vous ne l'avez pas. À défaut, tout élément fait l'affaire : certificats de travail, bulletins de paie, fiches de poste, témoignages, et pour l'amiante l'inscription de l'établissement sur les listes ouvrant droit à l'ACAATA.
- Adressez la demande à votre CPAM, avec ces justificatifs. La caisse peut faire vérifier l'exposition (enquête, avis du médecin-conseil) si vous n'avez pas d'attestation.
- La caisse vous délivre une prise en charge, et vous réalisez les examens prévus, au rythme fixé, chez les praticiens de votre choix. Les résultats vous sont remis ; rien n'est transmis à un employeur.
Quels examens, à quel rythme
Le contenu du suivi dépend de l'agent en cause ; il est défini par les textes et les recommandations médicales. Quelques exemples typiques :
- amiante : examen clinique et scanner thoracique à intervalles réguliers — de l'ordre de 5 à 10 ans selon le niveau d'exposition (fort ou intermédiaire) ;
- poussières de bois : examen ORL régulier (dépistage des cancers de l'ethmoïde et des sinus), en général tous les 2 ans après un certain délai depuis le début de l'exposition ;
- silice : examen clinique et imagerie thoracique périodiques ;
- benzène, amines aromatiques, chrome, rayonnements ionisants… : bilans ciblés (hématologiques, urologiques, dermatologiques…) selon l'organe cible.
C'est votre médecin qui prescrit et commente ces examens : le suivi post-professionnel ne remplace pas votre suivi médical habituel, il le complète et le finance.
Le montant : c'est gratuit, et ça peut valoir beaucoup
Les examens du suivi post-professionnel sont pris en charge à 100 %, sans avance de frais. Mais l'enjeu dépasse la gratuité :
- un diagnostic précoce améliore la prise en charge médicale ;
- si une maladie liée à l'exposition est découverte, elle peut être reconnue comme maladie professionnelle — même à la retraite : la reconnaissance ouvre droit à la prise en charge à 100 % des soins, à une indemnité en capital ou une rente selon le taux d'IPP, et pour l'amiante à l'indemnisation intégrale par le FIVA ;
- vous avez alors 2 ans à compter du certificat médical faisant le lien entre la maladie et le travail pour déclarer. Notre moteur maladie professionnelle vous aide à identifier le tableau correspondant.
Avant de partir : la visite de fin de carrière
Le suivi post-professionnel s'articule avec un autre dispositif, côté médecine du travail : si vous avez été exposé à des risques particuliers pendant votre carrière, vous devez bénéficier, avant votre départ en retraite (ou après la fin de l'exposition), d'une visite médicale de fin de carrière avec le médecin du travail. C'est lui qui dresse l'état des lieux de vos expositions, met en place la traçabilité et peut précisément vous orienter vers le suivi post-professionnel. Ne quittez pas votre dernier employeur sans elle : tout est expliqué sur notre page fin de carrière.
En cas de blocage : vos recours
- L'employeur n'a jamais remis d'attestation d'exposition : réclamez-la par écrit, même des années après ; en parallèle, constituez le faisceau de preuves (contrats, paies, attestations de collègues) et déposez quand même votre demande — la caisse peut faire procéder à une enquête.
- La caisse refuse la prise en charge : contestez devant la commission de recours amiable dans les 2 mois, puis devant le tribunal judiciaire (pôle social).
- Une maladie est diagnostiquée : déclarez-la sans tarder en maladie professionnelle ; en cas de condition de tableau manquante ou de maladie hors tableau, la voie du CRRMP reste ouverte.
Ce que dit la loi. L'article D.461-25 du Code de la sécurité sociale ouvre à la personne qui, au cours de son activité salariée, a été exposée à des agents cancérogènes le bénéfice, sur sa demande, d'une surveillance médicale post-professionnelle prise en charge par la caisse sur le fonds national d'action sanitaire et sociale, selon des modalités désormais définies d'après les référentiels de la Haute Autorité de santé, sur avis du médecin-conseil (décret n° 2022-696 du 26 avril 2022, qui a étendu ce suivi aux agents mutagènes et toxiques pour la reproduction ; l'ancien arrêté du 28 février 1995 a été abrogé en 2022). Côté travail, l'état des lieux des expositions et la visite de fin de carrière relèvent de l'article L.4624-2-1 du Code du travail, et la traçabilité des expositions des articles L.4161-1 et suivants.
Qui demande le suivi : l'employeur, le médecin ou moi ?
Vous. Le suivi post-professionnel est accordé sur demande de l'intéressé auprès de sa caisse. Ni l'ancien employeur ni la caisse ne le déclenchent spontanément — c'est la principale raison pour laquelle il est si peu utilisé.
J'ai été exposé il y a 30 ans, est-ce trop tard ?
Non. C'est même l'objet du dispositif : les maladies de l'amiante ou des poussières de bois apparaissent des décennies après l'exposition. Il n'y a pas de délai pour demander le suivi.
Je n'ai aucune attestation d'exposition, ma demande est-elle vouée à l'échec ?
Non. L'attestation simplifie tout, mais la caisse peut retenir d'autres preuves : métiers exercés, établissements (notamment ceux des listes « amiante »), témoignages, documents d'entreprise. Déposez la demande avec ce que vous avez.
Les résultats de mes examens sont-ils transmis à quelqu'un ?
Ils sont couverts par le secret médical et vous sont destinés, ainsi qu'aux médecins que vous choisissez. Aucun employeur n'y a accès.
Et si je suis encore en poste mais plus exposé ?
Tant que vous êtes salarié, c'est le médecin du travail qui organise votre suivi (suivi post-exposition, dans le cadre du suivi individuel). Le suivi post-professionnel financé par la CPAM prend le relais quand vous n'êtes plus sous contrat ou à la retraite.
Pour aller plus loin
- Visite de fin de carrière
- Amiante : FIVA, ACAATA et préjudice d'anxiété
- Maladie professionnelle : la reconnaissance
- Les tableaux de maladies professionnelles
- Moteur maladie professionnelle
- CRRMP : la reconnaissance hors tableau
- Taux d'IPP : rente ou capital
- Inaptitude d'origine professionnelle
- La faute inexcusable de l'employeur
- Accident du travail et hub AT/MP
- Simulateur de rente et d'IPP
Vérifiez votre cas en deux minutes
Nos simulateurs appliquent les règles de cette page à votre situation.
Voir les outils