Vous avez déclaré un accident du travail ou une maladie professionnelle, et la CPAM vous adresse un questionnaire — souvent à remplir en ligne. Ce n'est pas une formalité administrative de plus : vos réponses seront comparées mot à mot à celles de l'employeur, et la décision de prise en charge en dépend en partie. Voici comment le remplir posément, puis utiliser la phase de consultation du dossier pour avoir le dernier mot avant la décision.
Ce qui se passe concrètement
La caisse envoie un questionnaire quand elle ne peut pas statuer d'office : réserves motivées de l'employeur sur un accident, lésion déclarée tardivement, ou instruction d'une maladie professionnelle. Le questionnaire est adressé à vous et à l'employeur, chacun de son côté.
Il est aujourd'hui le plus souvent dématérialisé : le courrier de la caisse contient un lien vers la plateforme en ligne des questionnaires risques professionnels de l'Assurance maladie, avec un identifiant de dossier et un code. Vous pouvez demander une version papier si vous préférez ; ce choix ne pénalise pas votre dossier. Conservez une copie intégrale de vos réponses (impression ou captures d'écran) : vous en aurez besoin lors de la consultation du dossier.
Les questions portent sur les circonstances précises : ce que vous faisiez au moment de l'accident, l'horaire, le lieu, les témoins, le moment du signalement à l'employeur, la première consultation médicale, vos antécédents éventuels.
Les délais
- La caisse dispose de 30 jours francs (accident du travail) à compter de la déclaration et du certificat médical initial pour statuer ou engager des investigations — c'est dans cette fenêtre que le questionnaire arrive. Le délai total d'instruction est alors porté à 90 jours francs.
- Pour une maladie professionnelle, la caisse a 120 jours francs pour statuer ou saisir un comité régional (CRRMP), et l'instruction peut durer 120 jours francs de plus en cas de saisine. Voir la page maladie professionnelle.
- Le questionnaire lui-même doit être retourné dans le délai indiqué sur le courrier : 20 jours francs pour un accident du travail (art. R.441-8), 30 jours francs pour une maladie professionnelle (art. R.461-9). Ne le laissez pas passer : sans réponse de votre part, la caisse statue sur les seuls éléments fournis par l'employeur.
- Avant sa décision, la caisse ouvre une phase de consultation : le dossier complet (déclaration, réserves, questionnaires, enquête) est mis à votre disposition et à celle de l'employeur, et vous disposez d'environ 10 jours francs pour formuler des observations. Les dates exactes figurent sur le courrier de clôture d'instruction.
Remplir le questionnaire sans se pénaliser
- Racontez les faits, précisément et chronologiquement. Heure de prise de poste, tâche en cours, geste effectué, ce qui s'est produit, douleur ressentie, à qui vous l'avez dit et quand. Les réponses vagues (« je me suis fait mal en travaillant ») affaiblissent le dossier.
- Restez strictement factuel. N'exagérez rien : une incohérence entre vos réponses, le certificat médical et les déclarations des témoins sera exploitée contre vous. Si vous ne savez pas ou ne vous souvenez pas, écrivez-le.
- Expliquez les points « sensibles » plutôt que de les éluder : signalement le lendemain (vous avez terminé votre poste, pensé que la douleur passerait), absence de témoin direct (précisez qui vous a vu juste avant ou juste après), antécédents (un état antérieur n'exclut pas la prise en charge si le travail a déclenché ou aggravé la lésion).
- Joignez vos pièces : attestations de témoins, échanges écrits avec l'employeur, planning ou badgeage, photos. Le questionnaire en ligne permet d'ajouter des documents.
- Ne vous aventurez pas sur le terrain médical : décrivez les symptômes ressentis, laissez le vocabulaire médical au certificat de votre médecin.
Le recours : consultation du dossier et observations
À la clôture de l'instruction, la caisse vous informe des dates auxquelles vous pouvez consulter l'intégralité du dossier (en ligne ou à l'accueil de la caisse) puis déposer des observations écrites. Utilisez cette phase systématiquement :
- lisez les réponses de l'employeur et le rapport d'enquête ; relevez chaque inexactitude ;
- répondez point par point, par écrit, dans le délai imparti — vos observations sont versées au dossier que le service instruction examine avant de décider ;
- si la décision finale vous est défavorable, vous pourrez saisir la commission de recours amiable dans les 2 mois, puis le tribunal judiciaire (pôle social). Les observations déposées pendant l'instruction serviront de socle à ce recours.
Ce que dit la loi. Pour un accident du travail, la caisse statue dans un délai de 30 jours francs ou engage des investigations ; elle adresse alors un questionnaire à la victime et à l'employeur, et dispose de 90 jours francs au total pour se prononcer, après avoir mis le dossier à la disposition des parties pour consultation et observations (art. R.441-7 et R.441-8 du Code de la sécurité sociale). Pour une maladie professionnelle, ces délais sont de 120 jours francs, plus 120 jours francs en cas de saisine du CRRMP (art. R.461-9 et R.461-10). Le silence de la caisse au terme de l'instruction vaut reconnaissance implicite.
Suis-je obligé de répondre au questionnaire ?
Rien ne vous y oblige, mais ne pas répondre revient à laisser la caisse trancher sur la seule version de l'employeur. Répondre, précisément et dans le délai, est votre premier acte de défense.
Puis-je me faire aider pour le remplir ?
Oui : un proche, le service social de l'Assurance maladie, un défenseur syndical ou un avocat peuvent vous aider. Les réponses restent les vôtres et doivent refléter votre souvenir exact des faits. Notre générateur de courriers vous aide par ailleurs à formaliser vos observations écrites.
L'employeur verra-t-il mes réponses ?
Oui, lors de la phase de consultation du dossier, l'employeur a accès aux mêmes pièces que vous — et réciproquement. C'est le principe du contradictoire : d'où l'importance de réponses factuelles, sans approximation.
J'ai fait une erreur dans le questionnaire, puis-je corriger ?
Oui. Écrivez sans attendre à la caisse pour rectifier, et utilisez la phase d'observations avant décision pour clarifier le point. Une correction spontanée et expliquée vaut toujours mieux qu'une incohérence découverte par l'enquêteur.
Pour aller plus loin
- Les réserves de l'employeur : ce qu'elles déclenchent
- Déclarer un accident du travail
- Accident du travail : vos droits
- Maladie professionnelle : la reconnaissance
- Le hub AT/MP
- Modèle : déclarer soi-même son accident
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