C'est la question la plus posée avant une visite médicale : que dire, que taire, et surtout — qu'est-ce que le médecin du travail va faire de ce que vous lui racontez ?
Ce que le médecin fait de ce que vous dites
Le médecin du travail écoute, examine, consulte votre dossier, puis rend un avis ou des préconisations à l'employeur. C'est tout ce que l'employeur reçoit : un avis (apte, aménagement, inaptitude) ou des préconisations écrites (pas de port de charges, télétravail, horaires adaptés…). Jamais le contenu de vos confidences, jamais un diagnostic, jamais le nom d'un traitement.
Ce que vous dites sert donc à une seule chose : permettre au médecin de relier votre état de santé à votre poste, et d'écrire des préconisations utiles. Un médecin qui ne sait rien ne peut rien préconiser.
Le secret médical est absolu vis-à-vis de l'employeur
Le médecin du travail est soumis au secret médical comme tout médecin (article L.1110-4 du Code de la santé publique). Il ne peut pas répondre à un employeur qui demande « de quoi souffre-t-il ? », même en cas d'inaptitude, même si l'employeur insiste, même si c'est « pour aider ». Ce que l'employeur peut légalement savoir tient en une page : ce que l'employeur peut savoir — et jamais.
Concrètement : vous pouvez parler de votre dépression, de votre hernie, de votre traitement, de vos difficultés avec votre supérieur. Rien de tout cela ne sera répété.
Ce qu'il faut dire
- Les symptômes en lien avec le poste : douleurs qui apparaissent ou s'aggravent au travail, troubles du sommeil depuis un changement d'horaires, anxiété liée à des situations précises. Datez, décrivez, reliez au travail réel.
- Les difficultés réelles : ce que vous n'arrivez plus à faire, ce que vous compensez en serrant les dents, les gestes que vous évitez. Le médecin raisonne à partir du poste réel, pas de la fiche de poste.
- Vos traitements et suivis, surtout s'ils ont un effet sur la vigilance, la conduite, le port de charges.
- Vos projets : reprendre, changer de poste, demander un aménagement, préparer une reconversion, ou au contraire tenir jusqu'à la retraite. Le médecin adapte ses préconisations à ce que vous visez.
Ce que vous pouvez retenir sans mentir
Vous n'avez aucune obligation de tout dire. Vous pouvez ne pas évoquer un antécédent ancien sans lien avec le poste, une situation personnelle qui ne joue pas sur le travail. Retenir n'est pas mentir : en revanche, nier un problème que le médecin détecte, ou affirmer que « tout va bien » quand ce n'est pas vrai, peut aboutir à un avis qui ne vous protège pas — et qui s'imposera quand même.
Règle simple : tout ce qui a un effet sur votre travail mérite d'être dit ; le reste relève de votre choix.
Demander avant de subir : dites votre objectif
La visite n'est pas un examen que l'on subit. Si vous voulez un aménagement, dites-le : « je veux continuer à ce poste, mais je n'y arrive plus dans ces conditions ». Si vous redoutez une inaptitude, dites-le aussi : le médecin doit chercher l'aménagement avant l'inaptitude, et connaître votre objectif change ce qu'il écrit. À l'inverse, si le poste vous détruit et que vous n'envisagez pas d'y retourner, le dire clairement évite un avis d'aptitude « par défaut ».
Vous pouvez aussi provoquer la rencontre sans attendre : la visite à la demande est un droit, sans que l'employeur connaisse le motif.
Les pièges classiques
- Minimiser. « Ça va, je gère » : le médecin conclut apte, rien ne change, et la situation s'aggrave sans trace.
- Tout miser sur une seule visite. Un aménagement se construit souvent en plusieurs temps (pré-reprise, essais, réévaluation). Demandez une nouvelle visite si la situation évolue.
- Venir sans rien. Ordonnances, comptes rendus, courrier du médecin traitant : voyez comment préparer sa visite.
- Confondre le médecin du travail et l'employeur. Ce que vous dites au médecin ne remonte pas ; ce que vous dites à votre manager, si.
Ce que dit la loi. Le médecin du travail est tenu au secret médical (article L.1110-4 du Code de la santé publique). Il peut proposer par écrit des mesures d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste (article L.4624-3 du Code du travail) ; l'employeur ne reçoit que l'avis et les préconisations, jamais d'information médicale. Tout salarié peut demander une visite à tout moment (article R.4624-34), sans que le motif soit communiqué à l'employeur.
Le médecin du travail peut-il répéter ce que je dis à mon employeur ?
Non. Il ne transmet que son avis et ses préconisations, sans aucune information médicale. Violer le secret est une faute pénale et déontologique.
Dois-je parler de ma maladie psychique ou de mon burn-out ?
Vous n'y êtes pas obligé, mais si elle a un lien avec le travail, le dire permet au médecin d'agir (aménagement, orientation, visite de pré-reprise). Le secret médical s'applique intégralement.
Puis-je demander l'inaptitude directement ?
Vous pouvez exprimer que vous ne vous voyez pas reprendre ce poste. La décision reste celle du médecin, après étude du poste et échange avec l'employeur ; l'inaptitude n'est jamais « accordée » sur simple demande.
Et si je ne suis pas d'accord avec l'avis rendu ?
Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes dans les 15 jours (article L.4624-7). Voyez contester un avis du médecin du travail.
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