Ce qui se passe concrètement

Vous vous inscrivez à France Travail, vos droits sont ouverts… et pourtant rien n'arrive sur votre compte. C'est normal : l'ARE ne démarre qu'après trois délais successifs, calculés à partir de votre solde de tout compte.

1. Le différé « congés payés »

L'indemnité compensatrice de congés payés (les congés non pris, payés à la fin du contrat) est convertie en jours de différé : France Travail considère que ces sommes couvrent autant de jours que si vous aviez pris vos congés. Plus votre solde de congés était élevé, plus ce différé est long.

2. Le différé « spécifique »

Il ne concerne que les sommes supra-légales : tout ce qui dépasse les indemnités auxquelles la loi vous donne droit (indemnité transactionnelle, indemnité conventionnelle ou contractuelle au-delà du minimum légal, dommages et intérêts négociés…).

Le calcul 2026 : différé spécifique (en jours) = indemnités supra-légales ÷ 111,8, arrondi, plafonné à 150 jours (75 jours si licenciement pour motif économique).

Exemples chiffrés :

  • Vous percevez une indemnité transactionnelle de 5 590 € au-delà de vos droits légaux : 5 590 ÷ 111,8 = 50 jours de différé spécifique.
  • Sommes supra-légales de 11 180 € : 11 180 ÷ 111,8 = 100 jours.
  • Sommes supra-légales de 16 770 € : 16 770 ÷ 111,8 = 150 → 150 jours, le plafond est atteint.
  • Sommes supra-légales de 25 000 € : 25 000 ÷ 111,8 ≈ 223 jours, ramenés à 150 jours (ou 75 si le licenciement est économique).

Ce qui entre et ce qui n'entre pas dans le différé spécifique

N'entrent pas (aucun différé) :

  • l'indemnité légale de licenciement ;
  • l'indemnité compensatrice de préavis correspondant au préavis dû ;
  • l'indemnité de précarité de CDD ;
  • et surtout, en cas d'inaptitude d'origine professionnelle : l'indemnité spéciale de licenciement doublée de l'article L.1226-14 du Code du travail, à hauteur du minimum légal auquel elle correspond. Le doublement est un droit légal, pas un supplément négocié : il ne crée pas de différé.

Entrent dans le calcul :

  • la part d'indemnité conventionnelle ou contractuelle au-delà du minimum légal (sauf exceptions propres à certaines ruptures) ;
  • les sommes transactionnelles ;
  • toute somme versée à l'occasion de la rupture au-delà de vos droits légaux.

En pratique, vérifiez la décision de France Travail ligne à ligne : l'erreur la plus fréquente après un licenciement pour inaptitude professionnelle est d'avoir compté l'indemnité spéciale doublée dans le différé (/chomage-apres-inaptitude/).

3. Le délai d'attente de 7 jours

Sept jours, appliqués à tous, une seule fois par période de 12 mois. Il court après les différés.

Le délai : la date du premier versement

Les délais se succèdent à partir du lendemain de la fin du contrat : différé congés payés, puis différé spécifique, puis 7 jours d'attente. L'indemnisation ne peut de toute façon pas commencer avant votre inscription à France Travail : chaque jour d'inscription tardive repousse d'autant le point de départ. Le premier virement intervient ensuite au début du mois suivant, l'ARE étant payée mensuellement à terme échu.

Exemple complet : fin de contrat le 30 septembre, 10 jours de différé congés payés, 50 jours de différé spécifique, 7 jours d'attente → l'indemnisation démarre début décembre, versée début janvier. Pour votre propre situation, utilisez le simulateur chômage après inaptitude.

Le montant

Les différés ne réduisent pas vos droits : ils décalent le point de départ, la durée d'indemnisation reste entière. Mais pendant les différés, aucun revenu de remplacement n'est versé — budgétez la période, surtout si vous avez négocié une transaction élevée (150 jours, c'est cinq mois sans ARE).

Le recours

  • Différé mal calculé : réclamation écrite à France Travail avec le détail du solde de tout compte, en distinguant sommes légales et supra-légales ; joignez la lettre de licenciement pour prouver l'inaptitude d'origine professionnelle le cas échéant.
  • Refus persistant : médiateur de France Travail, puis recours contentieux.
  • Attestation employeur erronée (montants mal ventilés) : demandez à l'employeur une attestation rectificative — c'est souvent la vraie cause du problème.

Ce que dit la loi. Les articles 21 à 23 du règlement d'assurance chômage annexé au décret du 15 novembre 2024 fixent le différé congés payés, le différé spécifique (indemnités supra-légales divisées par un coefficient, 111,8 en 2026, dans la limite de 150 jours, 75 en cas de licenciement économique) et le délai d'attente de 7 jours. L'indemnité spéciale de licenciement de l'article L.1226-14 du Code du travail, en ce qu'elle correspond au minimum légal dû au salarié inapte d'origine professionnelle, ne constitue pas une somme supra-légale.

FAQ

Mon indemnité de licenciement pour inaptitude va-t-elle retarder mon chômage ?

L'indemnité légale, non — même doublée en cas d'origine professionnelle. Seules les sommes au-delà de ce que la loi impose (transaction, complément conventionnel) créent un différé spécifique.

Le différé congés payés s'applique-t-il si je n'avais pas de congés restants ?

Non : sans indemnité compensatrice de congés payés, pas de différé congés payés. Restent l'éventuel différé spécifique et les 7 jours d'attente.

Une rupture conventionnelle crée-t-elle un différé ?

Oui, si l'indemnité de rupture conventionnelle dépasse le minimum légal : la part au-delà entre dans le différé spécifique, plafonné à 150 jours.

Les différés réduisent-ils ma durée d'indemnisation ?

Non. Ils repoussent le début du versement ; votre capital de droits reste identique et se consomme à partir de la fin des différés.

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